lundi 7 juillet 2014

Douceur estivale

J'ai des souvenirs de fenêtres grandes ouvertes sur le jardin sentant bon l'herbe coupée, de longues soirées à l'ombre du grand charme et de crépuscules roses, oranges et bleus. Je me souviens de la tiédeur du soir après la chaleur étouffante de la journée, et du bruit tonitruant des pluies d'orage s'écrasant sur la véranda. Je me rappelle cette langueur du corps et de l'esprit qui n'appartient qu'à l'été, cette douceur de vivre qui a marqué toutes les grandes vacances de mon enfance. Ma mère était instit, ce qui veut dire que je n'ai jamais mis les pieds dans un centre aéré et que je passais toutes les vacances à la maison, libre de faire ce que je voulais du matin jusqu'au soir - généralement lire, jouer dehors, regarder la télé, et puis lire encore, lire toujours. Je suis aussi solitaire que sociable et, si j'étais contente de retrouver les copains et les copines à la rentrée, ce rythme de vie me convenait parfaitement. 

C'est dire si je suis tombée de haut et si j'ai culpabilisé à mort le premier été de ma vie de maman, lorsque je me suis rendue compte que, non, je ne pouvais pas travailler et garder en même temps cette magnifique petite fille de six mois qui ne savait pas ce que voulait dire le mot sieste et qui avait tout le temps besoin d'être prise dans les bras. Je ne connaissais pas le portage en écharpe, à l'époque. Ça m'aurait sans doute rendu d'immenses services mais ça n'aurait pas changé grand-chose au final : je découvrais avec stupeur que j'avais beau travailler à domicile, je ne pouvais pas traduire un roman tous les trois mois et m'occuper en même temps d'un bébé. Sans parler du fait que ça n'aurait pas été possible financièrement, il ne m'est jamais venu à l'esprit d'arrêter de travailler. Je voue une admiration sans borne aux femmes dont la vocation est de s'occuper d'enfants, que ce soit les leurs ou ceux d'autrui. J'admire leur patience, leur dévouement, leur générosité à l'égard de ces adorables têtes blondes ou brunes qui, surtout en bas âge, ont tendance à jouer les tyrans en culottes courtes. Croyez-bien que j'aurais aimé être comme elles, mais je n'ai pas ça en moi.

Mes enfants ont donc passé les premières années de leur vie à la crèche ou chez une nourrice. Puis, quand ils sont entrés à l'école, ils sont allés au centre aéré pendant les vacances, comme beaucoup de leurs petits camarades. Et même si c'était mieux pour moi, mieux pour les finances de la famille et qu'ils ne s'en sont jamais plaints, n'ayant jamais connu autre chose, j'avais toujours en tête mes souvenirs de vacances et je portais toujours en moi une part de culpabilité à l'idée de ne pas pouvoir leur offrir ce que moi, j'avais eu.

Mais les choses ont changé. Ils ont aujourd'hui 9 et 7 ans, et les problèmes de garde sont désormais bien loin derrière nous. Nos loulous savent que quand je ferme la porte de mon bureau, c'est que je suis en train de travailler. Ils respectent à la fois mon espace et mon temps de travail. Du coup, depuis un an, ils ne vont plus au centre aéré. Ce mois-ci, ils vont y retourner, mais c'est à leur demande. Ils veulent profiter des activités et des jeux et rentrer le soir sales, transpirants et radieux. Et je suis heureuse de le leur offrir, comme je suis heureuse de leur offrir ensuite de longues semaines où ils pourront se lever à l'heure où ils voudront et passer autant de temps dehors qu'ils le souhaiteront. Ils sortiront vélos, trottinettes, raquettes de tennis et ballons de football et rentreront tout aussi sales, transpirants et radieux. Et leurs sourires auront le goût des vacances et de la liberté. 

Je suis heureuse parce que dans leurs souvenirs à eux aussi, il y aura des fenêtres grandes ouvertes sur un jardin sentant bon l'herbe coupée. Leurs soirées à eux se feront à l'ombre d'un châtaignier, et ils ne verront pas toujours les crépuscules roses, oranges et bleus parce qu'ici le soleil se couche si tard que souvent les enfants sont déjà endormis, fatigués de leurs journées bien remplies - et bercés, parfois, par le bruit tonitruant des pluies d'orage sur les Velux. 

Cela a pris du temps mais je peux enfin leur offrir à mon tour cette douceur de vivre propre à l'été, et ça me fait un bien fou ! 

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18 commentaires:

  1. Cécile de Brest07 juillet, 2014 18:28

    Merci pour ce joli billet, Isa. J'admire ta philosophie. Étant moi-même enseignante, je suis dispo toutes les vacances et tous les mercredis. Pourtant, je n'ai pas l'impression d'être si disponible. Mais peut-être ma seule présence suffit-elle à mes enfants ?

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    1. Je ne sais pas si notre seule présence leur suffit, mais je vois tellement d'enfants qui restent à la garderie jusqu'à 19h ou qui sont tout seuls chez eux après l'école parce que leurs parents ont des horaires déments et/ou des temps de transport conséquents... Le sexy quadra a connu les deux (travail le week-end, bouchons sur le périph lillois), alors nous compatissons avec ces parents pour qui le mode de garde reste un casse-tête même quand les enfants sont plus grands. Et je suis persuadée que mes enfants, même s'ils trouvent que je travaille trop, mesureront un jour la chance qui était la leur. Les tiens aussi, tu verras. Ça fait partie de ces choses dont on se rend compte à l'âge adulte, quand on entre soi-même dans le monde du travail.

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  2. C'est une belle philosophie, exactement ce que je rêve d'offrir à mes futurs loulous :)

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  3. Cécile de Brest07 juillet, 2014 20:23

    Ah mon dieu oui, la garderie le soir jusqu'à pas d'heure ! Pour l'année scolaire prochaine, j'ai dit à ma directrice : je préfère commencer tôt le matin mais être dispo le soir à 16h30 pour aller récupérer mes enfants à l'école et faire les devoirs.

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    1. Ah les devoirs ! Deux mois sans devoirs, c'est ça le bonheur et la liberté, pour les enfants comme pour les parents ! ^^

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    2. Je n'ai jamais culpabilisé de ne pas avoir pris de congé parental, d'avoir mis mon fils en crèche dès 3 mois ou de le laisser en vacances avec papi/mamie afin que son père et moi prenions un peu de temps pour nous. Cela m'a permis de m'épanouir en tant qu'enseignante en gardant on activité à plein temps, en tant qu'épouse en réservant des moments privilégiés avec ma moitié et en tant que maman puisque ayant trouvé cet équilibre cela m'a permis de me consacrer par ailleurs à mon loulou et d'établir une relation complice avec lui! Tout le monde est gagnant finalement :-)

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    3. Je suis d'accord. C'est ce qui m'a permis de faire la paix avec moi-même, l'idée qu'il valait mieux que les enfants aient une maman épanouie plutôt qu'une maman qui arrête de travailler à contrecœur. Mais, pour ma part, il m'a fallu un peu de temps pour trouver cet état d'esprit !

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  4. Ce ne sont pas des problèmes que je connais encore, mais que je redoute quand j'imagine ma vie future !
    Ce que j'admire quand je te lis, c'est ta capacité à te remettre en cause et à évoluer, et à ne pas envier et te contenter de ce que tu as, tu apprécies les choses simples et fondamentales pour la vie, et tes enfants auront de magnifiques souvenirs.
    C'est vraiment merveilleux :)

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    1. Je l'espère, en tout cas ! Pour ce qui est de se remettre en cause, il faut accepter à un moment donné qu'il y a un gouffre entre la personne que tu aurais aimé être (la maman qui aime s'occuper de ses enfants 24h sur 24) et celle que tu es réellement (liberté, liberté chérie !) Ça a occupé une bonne partie de mes trois ans et demi de thérapie, entre autres sujets d'introspection, mais le résultat est là :)

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  5. Aaah, j'ai aussi connu ce bonheur des parents enseignants, les deux en plus. Les longues vacances avec eux, ainsi que tous les mercredi après-midi. Il y a toujours eu quelqu'un à la porte de l'école à 16h, jamais de garderie. Et si jamais ils avaient un empêchement, j'allais chez une copine. Et quand j'étais malade, ma grand-mère venait me garder. Un vrai luxe !

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    1. Oh oui, tu as raison, les rythmes qu'on a connus, c'était vraiment le luxe ! Les problèmes de garde sont à l'heure actuelle le pire cauchemar des parents. Entre les horaires qui ne sont pas du tout adaptés à la vie active (heureusement que je travaille à domicile et que je pouvais aller les chercher à la crèche à 16h30, sinon j'aurais fait comment ?), l'aspect financier, le problème des vacances (bonjour, on ferme un mois complet pendant l'été. Comment, vous ne pouvez pas prendre quatre semaines de congé d'affilée ? Ah, ben débrouillez-vous), tu as juste envie de hurler. Et ça, c'est quand tu arrives à obtenir une place en crèche. Bref, c'est sportif et je suis bien contente que ça soit derrière nous !
      Et je suis heureuse aussi de pouvoir enfin leur offrir ce luxe !

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  6. Je savais que tu étais une belle personne, belle façon de voir la vie et surtout bon choix
    Bisous

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  7. ton billet m'a touché ! en ce moment je jongle entre la culpabilité de laisser ma fille en garde et l'envie profonde de partager tous les instants avec elle. Notamment ceux de mon enfance ....

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    1. Ça viendra. D'une manière ou d'une autre, tu lui feras partager ces instants-là, tu lui feras de jolis souvenirs qu'elle gardera toute sa vie. Ne culpabilise pas, notre vie est différente de celle de nos parents et ça ne nous empêche pas de donner le meilleur de nous-mêmes.
      Courage <3

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  8. Au contraire, j'admire ceux (celles, soyons honnêtes) qui, comme toi, continuent à travailler. Non pas que je n'admire pas les autres, mais s'occuper à 100 % de ses enfants, ça ne me parle pas. Ok, je n'en ai pas encore, mais je ne me verrais pas lâcher le boulot. Et hélas, dans cette société, on parle encore de « conjuguer » travail (voire carrière) et vie de famille, scrogneugneu.
    En tout cas, tes enfants ont bien de la chance ^^

    PS : 16h30, mazette !

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    1. Le sexy quadra et moi avons toujours mis un point d'honneur à ne pas privilégier la carrière de l'un par rapport à l'autre. Quand les enfants étaient petits et souvent malades (l'expression politiquement correcte consistant à dire qu'ils faisaient leur immunité), on se relayait, une journée l'un, une journée l'autre, ou alors la matinée pour l'un et l'après-midi pour l'autre.
      De même, c'était lui qui les déposait à la crèche ou à l'école le matin et moi qui allais les chercher le soir. On a toujours fonctionné en équipe. Il y a quand même eu des frictions et des tensions, mais c'était plus lié à la fatigue (t'as vachement l'impression d'être passé sous un rouleau compresseur quand tu dors pas).
      Et oui, 16h30, tu te demandes où ils vont chercher des horaires pareils ! (Bonjour, on vit pas dans le même monde.)

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