mardi 17 juin 2014

Lille, la ville de mes racines

La semaine dernière, j'ai donc effectué un court séjour sur Lille, comme je vous le disais dans mes petits bonheurs. Si j'étais impatiente de retrouver mes amis, je mentirais en disant que je n'éprouvais pas une certaine appréhension à l'idée de revoir la ville qui m'a vu grandir. Vingt-cinq ans, ça n'est pas rien dans une vie, surtout quand on n'en a jamais que trente-trois... J'ai des souvenirs à chaque coin de rue, des anecdotes, des fous rires, des moments tendres avec mes enfants, et puis des engueulades aussi. Je me souviens notamment d'une dispute mémorable avec le sexy quadra (qui n'avait pas trente ans à l'époque). C'était un soir devant la fontaine du palais des Beaux-Arts, alors que nous habitions juste derrière, dans un studio rue Jeanne d'Arc... Du coup, j'ai pris la photo ci-dessous comme pour faire un pied de nez à ce souvenir et me moquer des jeunes amoureux que nous étions alors !

Musée Museum Fontaine Fountain
Le palais des Beaux-Arts et sa fontaine
Mais plus que les souvenirs, bons ou mauvais, ce sont surtout les fantômes que je craignais. J'avais peur de chercher ma mère dans les couloirs du métro que nous avons si souvent arpenté toutes les deux. J'ai levé les yeux vers les vitres du café Méo sur la grand-place en songeant à tous les thés que nous avons pu prendre ensemble le mercredi après-midi. J'ai évité la petite boutique de cristaux qu'elle adorait sur le côté de la Vieille Bourse, je crois que je n'aurais pas supporté de découvrir qu'elle avait fermé ses portes. (Et si elle est encore là, ça n'aurait pas eu de sens d'y entrer sans ma mère.) Au Furet du Nord, je me suis concentrée sur ma mission - acheter un cadeau d'anniversaire pour un joli bout de chou - en refusant de penser aux heures que nous avons pu passer à l'intérieur toutes les deux. 

Beffroi Opéra
La grand-place avec la Vielle Bourse et le beffroi de la Chambre de Commerce
Je ne sais pas si cette stratégie d'évitement a fonctionné mais, étonnamment, mon cœur n'a pas saigné ou en tout cas pas autant que je le redoutais. Il y a eu de la nostalgie, c'est sûr, et des pincements au cœur aussi. Mais j'ai surtout eu l'impression de revenir chez moi, et c'est ce sentiment-là qui a dominé tout mon séjour. C'est une surprise pour moi, qui clame toujours à qui veut l'entendre que nulle part en France, je ne me sens à ma place. Ça ne veut pas dire que l'on va revenir habiter dans le Nord - même si ça me plairait autant qu'aux amis qui m'ont hébergé pendant ces deux jours. Ça veut juste dire que, pendant vingt-cinq ans, alors que je soupirais après un autre pays et une autre ville, j'ai réussi à me créer des racines dans un endroit que je croyais ne pas aimer. 

En retournant à Lille, je redoutais la tristesse, j'ai trouvé la gratitude. C'était une chance de grandir en bordure de cette ville magnifique et de profiter de tout ce qu'elle avait à offrir. Je m'en rends compte maintenant. Du coup, j'en prends bonne note pour le présent. Je suis rentrée en Bretagne en me disant que je dois profiter de tout ce qui me plaît ici (vivre près de mon père, le calme, la proximité de la mer, le soleil qui se couche si tard en été, la beauté des paysages) au cas où on devrait quitter la région bientôt. Je ne veux plus être si focalisée sur un rêve que j'en deviens aveugle à ce qui m'entoure. 

#wbzh Breizh mer plage côte d'émeraude
Un ciel d'orage comme seule la Bretagne sait nous en offrir !
Plus que jamais, je veux savourer le moment présent, où que je sois. Ma vie n'est pas ailleurs, dans un endroit fantasmé. Elle est ici, auprès de ceux que j'aime. 

Je me demande si je cesserai un jour d'avoir besoin de cette leçon... En attendant, la vie se charge de me la rappeler à chaque occasion !

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17 commentaires:

  1. Cécile de Brest17 juin, 2014 17:38

    Comme je te comprends ! J'ai toujours vécu à Brest jusqu'à il y a 11 ans, période où nous avons commencé à beaucoup bouger : le Berry, la Picardie, la Guyane, la Picardie de nouveau puis la Bretagne depuis l'été dernier et je pense que c'est fini puisqu'on a acheté, que j'ai repris un boulot stable et que ça devient difficile pour les enfants de déménager sans cesse.

    Mais c'est un rythme de vie très appréciable aussi le changement : on rêve sur les nouveaux endroits et les nouvelles personnes à découvrir, on a des amis partout (ou presque).
    Mais finalement j'adhère complètement à ce que tu dis : "Ma vie n'est pas ailleurs, dans un endroit fantasmé. Elle est ici, auprès de ceux que j'aime. " C'est une très belle phrase, merci de m'avoir remis cette priorité en tête !

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    1. Je t'en prie. Je suis ravie que nous puissions dialoguer grâce à nos expériences communes ! Comme toi, j'aime bouger, mais c'est vrai que c'est de plus en plus compliqué à mesure que les enfants grandissent. En plus, notre situation est très floue : tant que le sexy quadra n'aura pas retrouvé de travail, on ne sait pas si on sera encore là à la rentrée ou si on devra quitter le département, la région... Du coup, cette philosophie du "vivre ici et maintenant" m'aide à dormir la nuit et à ne pas me faire de cheveux blancs. Hier, j'ai rempli les fiches d'inscription des enfants pour les activités liées aux nouveaux rythmes scolaires. On les a aussi inscrits pour une nouvelle année à l'école de musique. Et si jamais il faut partir, eh bien, je recommencerai ces démarches ailleurs. Je m'efforce de ne pas retenir mon souffle et de vivre ma vie malgré l'incertitude, et ça me réussit plutôt bien. (Mais je ne garantis pas un coup de blues ou un certain découragement si finalement on part. ^^)

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    2. Cécile de Brest17 juin, 2014 20:08

      C'est vrai que bouger est agréable mais ne pas avoir de véritable "chez moi" commençait à me peser beaucoup. J'apprécie d'avoir une maison à nous que nous aménageons vraiment à notre goût.
      Je te comprends question découragement lorsqu'il faut tout recommencer dans un nouvel endroit. On fait à peine son trou que hop ! il faut recommencer ailleurs.
      J'apprécie mon retour en Bretagne parce que je suis près de ma famille et que c'est quand même plus simple en cas de souci et que mes enfants profitent de leurs cousins et de leurs grands-parents c'est vraiment sympa.

      Partir m'a permis de grandir en quelque sorte. Surtout mon expérience en Guyane : je me suis fait violence pour aller au-devant des autres (alors que ce n'est pas du tout mon truc) en me disant qu'il ne fallait pas que je reste "enfermée" pendant 2 ans surtout dans un environnement pareil. Depuis, j'ai gardé le pli et je me lie beaucoup plus facilement.

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    3. Moi j'ai encore du mal, alors que nous avons des voisins adorables. C'est toujours grâce aux enfants que nous finissons par nouer des liens avec les personnes qui nous entourent ! Clairement, j'ai des progrès à faire de ce côté-là.

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  2. Je comprends ce que tu veux dire en ayant l'impression de n'être nulle part chez toi... Et je suis ravie que tu te sois rendu compte que Lille (ou la Bretagne, dans une autre mesure), avait autant à t'offrir ! Découvrir que, finalement, on a un point d'ancrage, c'est inestimable.
    Et sinon, j'adore ta photo du ciel breton, on dirait un tableau.

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  3. Tu avais raison, j'ai souri à la lecture de ton billet :)
    C'est vrai, on a tendance à voir le négatif, à oublier qu'il y a aussi un petit coin de ciel bleu derrière les nuages. Le problème est peut-être que j'idéalisais trop notre nouvelle vie et surtout ma nouvelle ville. En te lisant, ce qui me saute également aux yeux, c'est que nous, nous ne sommes pas auprès de nos proches. Alors, certes, on est tous les deux, mais on est un peu perdu loin de tous ceux qu'on aime :)

    Mais promis, je fais cette fameuse liste pour/contre aujourd'hui !

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    1. Mes parents sont partis en Bretagne en 2005, trois mois après la naissance de ma fille. Je peux te dire que ça m'a fait tout drôle de rester à Lille et de me retrouver sans eux. Bien sûr, nous avions tous nos amis, et aujourd'hui ce sont eux qui me manquent maintenant que j'ai rejoint ma famille en Bretagne. Mais je suis d'accord avec toi, il est très important d'avoir ses proches auprès de soi, surtout quand tu deviens parent. Maintenant on peut s'entraider, alors qu'on a vraiment galéré tout seuls à Lille pendant sept ans.

      En tout cas, j'ai hâte de voir si la fameuse liste porte ses fruits ! ;-)

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  4. Ah les racines... à qui le dis tu? Je retourne une fois par an au Pérou et lors de chaque voyage je dois faire face à de nouveaux sentiments, démons, bonheurs, déceptions... "Et si j'étais restée?", "C'est mon pays, mon vrai pays", "Je ne me reconnais plus", "J'adore!", "Oui mais... non", "Je reste puis c'est tout".... Partir c'est mourir un peu...

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    1. Ce n'est jamais facile de faire ce choix... Je te comprends <3

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  5. Coucou jolie Isa, je ne connais pas Lille mais cette ville a vraiment l'air magnifique. Je comprends ton appréhension de revoir ce lieu, l'appréhension du changement mais aussi la nostalgie du vécu passé.
    Je t'embrasse.

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  6. C'est un sentiment que je ne connais pas: j'ai toujours vécu à maximum 15km de la maison de mes parents, et là je me suis à nouveau rapprochée.

    Ce qui rend l'expérience que tu as eu à Lille par rapport à ta maman très différente de la mienne même s'il m'arrive par moment de penser à elle à certains endroits de Bruxelles.

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    1. Je crois que c'est dans mon tempérament, de toute façon. Il y a trois ans, j'habitais à moins d'un kilomètre de la maison de mon enfance et je n'aimais pas trop passer devant...
      Mais ce n'est pas plus mal, ça m'oblige à aller de l'avant !

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  7. Le Nord m'a adoptée depuis 10ans et je dois dire que pour une fille du Sud comme moi ce n'était pas gagné, lol! Mais après 10 ans, j'y suis toujours, moi qui avait juré revenir dans mon sud natal dès que possible. Ce fût tout le contraire. Je vais souvent sur Lille et c'est vrai qu'elle est magique cette ville, elle a tant à offrir. Ces lieux dont tu parles font désormais partie de ma vie, celle que j'ai choisi et non plus celle qui m'a été imposée par une mutation il y a 10ans. On me demande souvent si ce n'est pas "trop dur de vivre là bas" et les gens sont surpris quand je leur dit que c'est tout le contraire ...la vie nous réserve bien des surprises! Thanks for sharing :-)

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    1. Avec plaisir :) Le sexy quadra, qui est de Marseille, surprenait toujours les gens quand il leur disait qu'il aimait beaucoup vivre à Lille ! Je suis ravie que tu t'y sentes si bien toi aussi :)

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    1. I'm glad you like them, this is truly a beautiful city!

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