mercredi 28 mai 2014

Quelques notes de musique


Hier soir, c'était donc le spectacle scolaire de mes loulous. Il faut savoir que, depuis qu'ils sont tout petits, c'est une des choses qui m'émeut le plus. Je suis de ces mamans embarrassantes qui versent leur petite larme dès qu'elles voient leur progéniture sur scène. Je ne saurais même pas me l'expliquer. Peut-être est-ce parce que je suis très sensible à tout ce qui touche à l'artistique mais, tous les ans, c'est pareil, je suis émue de les voir affronter bravement le public, chanter les refrains appris par cœur et interpréter les chorégraphies répétées inlassablement depuis des semaines. Je souris de leurs hésitations, des regards qui guettent les geste de la maîtresse ou de leur mine si concentrée. Et si parfois ma vue se brouille, c'est généralement parce que je n'en reviens pas de les voir là, petits bouts de moi qui ne m'appartiennent déjà plus (qui n'appartiennent qu'à eux-mêmes) et qui n'en finissent pas de grandir et de me surprendre. 

Cette année, cependant, les larmes ont coulé pour de bon. Une vraie tristesse s'est mêlée à la joie et à la fierté. Je l'avais déjà expérimentée une première fois juste après la mort de ma mère, en novembre 2012, mais je ne m'attendais pas à la voir resurgir hier soir. C'est avec mon émotion habituelle que j'ai regardé ma fille, qui a la chance cette année de faire partie d'un orchestre à l'école, accompagner au xylophone les cuivres de ses camarades. Ils nous ont joué deux morceaux de jazz remarquablement harmonieux, et j'ai adoré les voir s'approprier la scène, pieds nus, en jean et en t-shirt blanc, comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. 

J'ai applaudi de tout mon cœur de maman quand les enfants ont salué et que le rideau rouge s'est refermé. La classe de Typhaine a laissé la place à celle de Kelian. Des lumières tamisées sont venues éclairer la scène, et les premières notes d'une musique que je connais bien ont accompagné l'arrivée des enfants. C'est là que la tristesse m'est tombée dessus sans crier gare. Quand j'étais petite (au milieu des années 1980), ma mère adorait les disques de Rondo Veneziano. Hier soir, les premières mesures de La Serenissima se sont transformées pour moi en madeleine de Proust. Je me suis revue à l'âge de mon fils en train d'écouter ce morceau sur les genoux de ma mère.


Elle me manque tous les jours. C'est un vide que rien ne peut combler. Mais son absence ne se fait jamais aussi cruellement sentir que lors de ces spectacles où elle aurait adoré être présente. Elle-même en a organisé tellement en 20 ans de carrière d'enseignante ! C'était beaucoup de stress mais c'était aussi, je crois, l'un des moments qu'elle préférait dans l'année scolaire. Et il se trouve que l'institutrice de mon fils me fait énormément penser à elle : même amour des enfants, même passion pour son métier, même amour pour la musique. Ma mère aurait adoré voir son petit-fils danser sur la musique d'Amélie Poulain, elle aurait adoré le voir présenter au micro le programme du spectacle et l'entendre nous souhaiter une bonne soirée d'une voix claire et assurée.


J'ai profité de l'obscurité pour pleurer sans bruit sans réussir à démêler la joie, la fierté et la tristesse. Pour faire face, comme toujours depuis un an maintenant, j'ai cherché les petits bonheurs. Je me suis dit que j'avais de la chance d'avoir le sexy quadra et mon père à côté de moi. J'ai admiré le tableau que formaient les enfants qui portaient tous un t-shirt de couleur différente et des rubans de papier crépon aux poignets. J'ai repris en cœur avec eux le refrain de leur dernière chanson. Puis j'ai serré bien fort mes deux loulous dans mes bras quand je les ai récupérés et nous sommes rentrés dîner en famille à la maison. 

L'instant est passé. Mais je sais que la tristesse est tapie là dans un coin de mon cœur, et qu'il suffit parfois de quelques notes de musique pour que, tout à coup, elle rejaillisse. Et je suis consciente aussi qu'elle est totalement indissociable de mes bonheurs quotidiens et des efforts que je fais, de manière générale, pour être une meilleure personne, plus clémente, plus tolérante, plus attentive, plus reconnaissante.

Mais il y a des leçons de vie qu'on aimerait bien apprendre autrement.

Photo trouvée sur Pinterest.

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12 commentaires:

  1. <3<3<3 et chaudoudoux Isa.

    Même si j'imagine que pour toi c'est bien plus puissant, cette vague d'émotion, je la connais et la ressens encore, plus de 18 ans après la mort de mon grand-père maternel.

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  2. Quel texte touchant... Je n'imagine même pas une seconde ma vie sans ma maman, je n'ai qu'elle, c'est à la fois ma maman et mon papa, et ma meilleure amie aussi.
    Et je te trouve très courageuse d'arriver à penser au positif dans ce genre de moments :)

    Bisous!
    Yeonra

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    1. Je ne sais pas si c'est du courage, je crois juste que c'est la seule façon de continuer à avancer.
      Bisous ma belle

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  3. Ton texte est tellement beau, beaucoup d'émotions dans ce que tu racontes et je te comprends un peu car de mon côté je ne sais pas combien de temps il me reste avec ma maman mais je sais que les jours sont comptés et je ne sais pas si elle aura le bonheur de connaître un jour l'un de ses petits-enfants, mais je pense comme toi à tous ces futurs moments qu'elle ne partagera pas avec moi et ça me rend déjà bien triste! Mais comme toi je m'accroche aux petits moments de bonheur :-) Je t'embrasse

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    1. Oh Florence, je suis désolée de l'apprendre. Moi aussi je t'embrasse et je suis en pensée avec toi.

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  4. Ton texte m'a vraiment émue, bien que je n'ai pas d'enfants j'imagine l'émotion de voir ces petits êtres grandir, s'épanouir, devenir eux-mêmes, trouver leur propre être. C'est vraiment beau et je vois combien tu aimes tes enfants, je trouve ça magnifique.
    Je te comprends aussi pour la dernière partie de ton texte, comme toi aussi j'ai cette tristesse qui se cache dans un coin et qui ressort sans crier gare. C'est douloureux et c'est dur de s'y faire... mais tu as raison il faut se rattacher aux petits bonheurs que la vie nous donne, après tout la vie continue.
    Gros bisous ma Isa, je t'envoie plein de pensées arc en ciel à paillettes <3

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    1. Merci ma jolie. Je t'en renvoie autant <3

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  5. Très touchée par ton article poignant. Je me suis reconnue dans tes mots. J'ai moi aussi un fils qui arrive à percer cette carapace et à faire tomber ce masque que je porte parfois pour cacher mes douleurs et mes peines. Il a un pouvoir qu'il ne soupçonne même pas et qui en tant que maman fait chavirer mon coeur. Je crois qu'à ces moments on redevient un peu enfant mais avec la lucidité d'un adulte.J'aimerai que ces moments ne s'arrêtent jamais ... merci de partager ces moments si personnels dans lesquelles je me retrouve aussi :-) bisous

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    1. Je t'en prie, Aline, partager ces instants-là avec vous est l'une des raisons d'être de ce blog. Bisous :)

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  6. Je ne peux pas dire que je comprends, j'ai la chance d'avoir encore ma maman même si elle est très loin, mais j'imagine. Et ça me fait de gros frissons au coin des yeux... Heureusement que tu as tes petits monstres et ton homme à tes côtés pour t'égayer ! Je t'embrasse fort ;)

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    1. J'ai énormément de chance de les avoir et j'en suis consciente. Mais si je ne les avais pas, je m'efforcerai de trouver d'autres petits bonheurs, d'autres raisons de profiter de la vie. Je crois qu'il faut faire au mieux en fonction de nos circonstances. Et profiter de la vie, que l'on soit célibataire ou marié, que l'on ait des enfants ou pas. Toute vie mérite d'être vécue, et d'être vécue pleinement :) En tout cas, c'est mon nouveau credo !

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