lundi 17 février 2014

Journal Day #1 - A la croisée des chemins

(English version here)
Depuis une ou deux semaines, je lis assidûment le blog Sometimes Sweet. Il est tenu par Danielle, une ancienne prof d'anglais devenue maman au foyer. J'adore lire ses réflexions sur sa vie (notamment de couple), admirer les photos de ses deux adorables garçons et, de manière générale, découvrir son quotidien aussi débordé que le mien. La semaine dernière, elle a relancé une rubrique intitulée "Journal Day". Le principe ? A partir d'un mot ou d'un sujet donné, elle nous invite à écrire un article comme s'il s'agissait d'une entrée dans un journal intime. Danielle distribue le sujet le dimanche et nous livre son billet le jeudi. Elle nous invite ensuite à laisser dans les commentaires une ou deux phrases issues de notre propre article, ainsi que le lien pour que tous les participants qui le souhaitent puissent se lire entre eux. (D'où le fait que ce billet sera dupliqué en anglais.)

Cette semaine, elle nous propose de parler d'un moment-clé qui a marqué un tournant dans notre vie, pour le meilleur ou pour le pire. Pour moi, le sujet a tout de suite fait tilt. Car j'ai vécu l'un de ces moments à l'âge de 18 ans et je peux vraiment dire que cela a changé ma vie. Ma carrière et ma vie affective ne seraient peut-être pas ce qu'elles sont si je n'avais pas fait une rencontre déterminante une après-midi de février 1999. (J'ai la mémoire des dates.)

C'était pendant les vacances. Je me remettais doucement de mes tous premiers partiels. (J'étais en première année de DEUG LEA.) Je devais retrouver ma meilleure copine ce jour-là mais elle avait un empêchement. (Rafraîchis-moi la mémoire, copine de moi, ça avait un rapport avec ton permis, non ?) Du coup, je m'apprêtais à ne pas faire grand-chose de mon après-midi. Et puis, mon frère a proposé de nous emmener en ville, ma mère et moi. A cette époque-là, j'habitais dans la banlieue lilloise. Aller en ville, c'était donc aller faire les boutiques de Lille, une perspective toujours agréable, n'est-ce pas ? Je me souviens m'être dit que je n'étais pas du tout habillée pour ça (comprendre : j'étais habillée pour traîner à la maison) et que je ne devrais peut-être pas sortir comme ça. En même temps, c'est pas comme si je risquais de rencontrer du monde, pas vrai ? J'allais juste faire un tour avec ma mère. 

Note pour moi-même, et pour vous aussi : quand on sort quelque part, toujours, toujours s'habiller comme si  on avait un rendez-vous important. (Même si, au final, ma tenue n'a eu aucune espèce d'importance, j'en reste quand même vaguement mortifiée.)

Je ne crois pas que ma mère et moi sommes allées plus loin que le Furet du Nord (à l'époque, une des plus grandes librairies de la région). Tandis qu'elle partait faire son petit tour habituel au rayon ésotérique, je suis partie faire le mien au rayon Fantasy-SF. Et là, je suis tombée sur une affiche. Trois auteurs d'une petite maison d'édition dont j'achetais quasiment tous les livres venaient dédicacer leurs ouvrages au Furet. Ils venaient les dédicacer le jour-même. Ils venaient les dédicacer dans une heure

Autant vous dire que ma mère est repartie toute seule et que moi, je suis restée là à déambuler dans les rayons pendant une heure. Mais il faut savoir que je n'avais encore jamais rencontré d'écrivains et que je manquais énormément d'assurance à l'époque. Du coup, j'ai passé ces soixante (très longues) minutes à débattre avec moi-même, partagée entre la terreur et l'excitation. Non, tu ne vas pas oser les aborder, tout de même ? Tu vas juste t'approcher, voir à quoi ils ressemblent et puis tu vas rentrer bien sagement chez toi. / Quoi ? Mais tu es folle ! Tu adores leurs bouquins, tu vas pouvoir te les faire dédicacer en vrai ! C'est trop génial ! 

Ce qu'il y a de bien chez moi, c'est qu'une fois au pied du mur, je me jette à l'eau et j'oublie tout. C'est comme ça que j'ai obtenu 16 de moyenne au bac en histoire-géo alors que je venais de passer une nuit blanche et comme ça aussi que j'ai eu 19 à mon premier oral d'espagnol à la fac alors que je me liquéfiais de trouille juste avant d'entrer dans la salle. Du coup, au lieu de céder à la peur, j'ai osé parler à ces trois écrivains. Et j'ai même fait mieux que leur parler. L'un d'eux était aussi le directeur de la maison d'édition. Sachant qu'ils ne publiaient à l'époque que de jeunes auteurs français, j'ai osé lui dire que j'écrivais de la Fantasy, moi aussi. On a parlé plus d'une demi-heure ensemble. Le lendemain, je lui envoyais mon manuscrit. Six mois plus tard, je signais mon premier contrat d'édition. 

Cette rencontre, qui n'aurait jamais eu lieu sans le désistement de ma copine et la proposition de mon frère, a tout changé dans ma vie. A l'été 2001, j'ai fait un stage auprès de cet éditeur dans la nouvelle maison d'édition qu'il venait de fonder avec des amis. Un mois plus tard, ils m'envoyaient représenter leur maison à un petit salon littéraire dans le Sud. J'y ai rencontré le sexy quadra et on ne s'est plus jamais quitté. En janvier 2003, les mêmes éditeurs me proposaient ma première traduction. Depuis, je n'ai jamais cessé de travailler pour eux.

Je dois tout à cette rencontre et à cet éditeur devenu depuis un ami. Je leur dois ma carrière et ma famille. Evidemment, sur le moment, je n'ai pas eu conscience de vivre un moment déterminant. Pourtant, j'étais bel et bien à une croisée des chemins. Si j'avais cédé à la peur, si je m'étais enfuie (il n'y a pas d'autres mots pour ce que j'ai ressenti à ce moment-là), ma vie aurait sans doute pris une toute autre tournure. On ne le saura jamais, bien sûr, mais je suis heureuse que les choses se soient passées ainsi et je chéris ce souvenir parce que c'est la première fois de ma vie où j'ai osé m'affirmer, où j'ai osé dire : "Voilà qui je suis."

Et je peux vous dire que ça fait vachement du bien. 

Illustration trouvée sur Etsy, via Pinterest.


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15 commentaires:

  1. C'est presque romanesque comme histoire :-)

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    1. Je me suis souvent fait la même réflexion. Et pourtant, c'est bien comme ça que ça s'est passé ! ^^

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  2. ouahhh ça donne des frissons ton récit, on ne sait jamais de quoi demain sera fait, c'est pourquoi parfois j'ai du mal à faire des choix je me dis que peut être que tout mon avenir ne se joue que su un choix tout bête, une rencontre, quelque chose, du coup voilà
    mais quand ça ne marche pas ça me permet de me dire aussi que ça n'était pas fait pour moi et qu'autre chose m'attend ailleurs

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    1. Je crois que ce n'est qu'avec le recul que l'on peut se rendre compte de l'importance d'un choix, d'une décision, d'une rencontre. Peut-être que si je n'avais pas été à Lille cet après-midi-là, ma vie serait différente mais tout aussi chouette, comment savoir ? Donc je comprends ton hésitation, crois-moi j'en ai eu aussi à d'autres moments de ma vie où il a fallu prendre des décisions difficiles. En tout cas, je te souhaite plein de belles choses et de jolies rencontres :)

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  3. Que dit le dicton: Qui n'ose rien, n'a rien ? Vraiment une belle histoire. Bises.

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    1. Merci Tartangirl. Oui, ce dicton, c'est tout à fait ça. Bisous :)

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  4. Pour compléter et rafraîchir ta mémoire, je te confirme bien que mon empêchement de l'époque était lié à mon permis ! Après un premier échec, j'avais rendez-vous cet après-midi là pour retenter ma chance ! Quand je repense à cette époque et aux conséquences de notre après midi entre copines reportée, j'avoue être assez fière d'avoir un tout petit peu contribué à ton bonheur d'aujourd'hui : la tournure qu'a pris ta vie professionnelle et qui t'a aussi permis de rencontrer ton sexy quadra !!!! Comme tu le dis, on ne sait jamais, au moment où on le vit, qu'un instant est déterminant... Et c'est drôlement bon de se retourner quelques années plus tard et d'analyser tout cela... En tout cas, et ça j'ai toujours autant de mal à m'y faire, c'est de me rendre compte que notre amitié commence à dater mine de rien !!!! On ne rajeunit pas ma p'tite dame ;-)

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    1. Ah, il me semblait bien que c'était ça mais j'avais peur de dire des bêtises. (Tu sais bien, avec l'âge... ^^) Merci d'avoir donné un coup de pouce au destin ! Et la prochaine fois qu'on se fait une soirée cocktail, on trinquera à nos 15 ans d'amitié ! (Ne me remercie pas, le coup de vieux, c'est cadeau <3)

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  5. Et bien, quel concours de circonstances! Et bien heureusement que ton amie se soit désisté et heureusement que ton frère vous à conduit en ville! Je trouve cette histoire magnifique!
    Bisous Isa!

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  6. Le hasard fait parfois bien les choses !! C'est fou comme un seul événement peut bouleverser le reste de notre vie... Superbe histoire et bravo pour ton courage, moi je serais restée à 15 mètres trop peureuse de leur adresser la parole ^^ Bises

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  7. Chouette ! Je vais trouver le temps d'y participer ! Grâce à toi, je découvre un joli blog ! Merci ;-)

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    1. Avec plaisir :) Tu sais que j'adore vous faire découvrir de jolis blogs !

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  8. Ton histoire est magnifique.

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