dimanche 2 février 2014

Douglas Kennedy - Cinq jours

Dans le Maine, de nos jours. A 42 ans, Laura Warren sent qu’elle est à un tournant de sa vie. Depuis quelques temps, cette technicienne en radiographie, au professionnalisme et au sérieux loués par tous, se surprend à être de plus en plus touchée par la détresse de ses patients. Elle ne trouve pas beaucoup de réconfort à la maison : son mari est sans emploi depuis 19 mois ; son fils, artiste dépressif, se morfond depuis sa rupture amoureuse et sa fille s’apprête à partir à l’université. Aussi voit-elle dans cette conférence à Boston une parenthèse bienvenue, sans imaginer que ces quelques jours vont bouleverser à jamais son existence… 

Ce qui me frappe, à chaque fois que j'entame un roman de Douglas Kennedy, c'est cette façon qu'il a de nous happer tout de suite dans l'univers de ses personnages en nous racontant leur quotidien en détails, à grands renforts de digressions. C'est un exercice périlleux dans lequel d'autres écrivains pourraient se perdre, et nous avec, mais pas lui. C'est ce qui lui permet de donner corps à ses histoires, souvent en appuyant là où ça fait mal. Laura, ça pourrait être moi, ça pourrait être vous. J'oserais même ajouter que ça a été moi à un moment donné. Comme elle, j'ai pu avoir le sentiment d'être passée à côté de ma vie. Comme elle, j'ai longtemps eu l'impression que quand on est jeune, le monde semble offrir plein de possibilités et que ce nombre de possibilités se réduit d'année en année jusqu'à ce qu'on ait l'impression d'étouffer. Il m'a fallu du temps pour me dire que je suis bien à la place où je suis et que je ne regrette rien. Laura, elle est pleine de regrets. Elle s'est mariée trop jeune, elle n'a pas fait médecine et elle n'a jamais quitté l'Amérique du Nord, elle qui rêvait de voir le monde. 

Et voilà qu'elle rencontre, lors d'un séminaire de radiologie à Boston, un homme avec qui elle partage l'amour des mots et de la littérature. Leurs discussions passionnantes vont mettre en évidence le désert affectif qu'est devenue leur vie. Mais est-il possible de changer ? Peut-on se dire tout à coup que l'on reprend sa vie en mains ? Il n'est pas si facile d'oser être soi-même et de surmonter la peur du changement, la peur du regard des autres et même la peur d'être heureux...

Le propos est, comme toujours, d'une grande justesse. Bien souvent, nous vivons dans des prisons que nous nous sommes nous-mêmes construits et bien que personne d'autre n'en ait la clé, nous n'arrivons pas à nous en échapper. La peur et les habitudes nous empêchent souvent d'aller de l'avant, et nous passons ensuite énormément de temps à nous reprocher ce manque de courage, sans pour autant voir - ou accepter - l'issue qui s'offre à nous. Et quelle plongée passionnante dans la vie et dans la tête des deux personnages ! Je n'aurais sans doute pas supporté le quart de ce que eux ont accepté d'endurer pendant des années, je n'ai pas du tout le tempérament pour ça. Pourtant, à aucun moment, je ne les ai jugés. C'est là que réside toute l'habileté de l'auteur car, face à un personnage qui mérite pourtant d'être sévèrement jugé tant il est épouvantable de lâcheté, il nous amène à éprouver de la compassion pour lui en nous montrant comment il se construit son enfer personnel.

C'est le troisième livre de Douglas Kennedy que je découvre après Les charmes discrets de la vie conjugale et Quitter le monde. Ces trois romans, je les ai dévorés comme des thrillers qu'ils ne sont pas (malgré quelques éléments d'intrigue policière dans les deux que je viens de citer). À chaque fois, l'auteur réussit le tour de force de nous raconter la vie de femmes ordinaires comme s'il s'agissait d'une palpitante chasse au tueur en série. Impossible de lâcher ces romans qui m'ont coûté bien des heures de sommeil - je viens de finir Cinq jours ce matin sur les coups de 3 ou 4h. Je ne qualifierais pas ses livres de feel-good books ; au contraire, au vu de l'ambiance et des constats qu'il établit, il y aurait même de quoi déprimer. Pourtant, à chaque fois, je suis ressortie de ma lecture le cœur plein d'espoir, parce que ses héroïnes font preuve d'une résilience insoupçonnée et nous montrent qu'avec un peu de courage et de ténacité, on peut toujours reprendre sa vie en main.

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17 commentaires:

  1. Je n'ai pas réussi à accrocher à l'univers de ce romancier. Pourtant, comme tu le dis, ce sont des femmes comme nous. Il y a je ne sais quoi qui m'empêche d'apprécier cet auteur.

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    1. Tu sais, je ne suis pas surprise. Cet auteur, à mon avis, soit on aime, soit on déteste. Si tu n'adhères pas à son style, si tu ne réussis pas à entrer dans son univers, ses romans doivent sûrement être d'un ennui mortel. Je me suis souvent fait cette réflexion en lisant ses livres !

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    2. J'avais beaucoup aimé "La poursuite du bonheur", mais après ça, j'ai lu deux autres de ses romans auxquels je n'ai pas accroché du tout, et du coup j'ai laissé tomber.

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    3. Oui, je comprends. Là, j'ai passé une partie du roman à attendre les éléments de thriller qu'il y avait dans les deux autres - et qui donc ne sont pas du tout présents, au final. C'est assez déroutant la façon dont il mélange les genres, même si j'adore ça. Tu me donnes envie de lire "La poursuite du bonheur" - j’hésite toujours longuement quand je dois choisir le prochain titre que je lirai de lui et, à chaque fois, j'ai attendu plus d'un an entre deux de ses romans.
      Je peux te demander quels sont les romans que tu n'as pas aimés ?

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    4. L'homme qui voulait vivre sa vie, Une relation dangereuse, Les désarrois de Ned Allen (les 3 en vO). Aucun qui m'ait vraiment déplu, mais bof dans l'ensemble.

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  2. Ta belle chronique me donne envie de découvrir l'auteur alors que depuis je le vois partout il ne me dit rien... Allez je note !

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    1. Merci Onee. Je ne saurais dire si ses livres te plairont, mais je pense que ça vaut le coup que tu essaies, effectivement.

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  3. LE livre qu'on n'arrête pas de me demander à la bibliothèque (et qui n'est pas encore en prêt parce que j'ai du retard dans les nouveautés). Douglas Kennedy est un auteur dont j'entends très souvent parler, qu'on me vante souvent et pourtant, il ne m'attire pas du tout. J'ai essayé "Cet instant-là" mais je n'ai pas du tout accroché. Je ne dois pas faire partie du public cible, bien que Laura ça pourrait être moi ;-)

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    1. "Cet instant-là" me tente bien, comme "La poursuite du bonheur", mais ce sont ses histoires de naufrage conjugal qui m'ont le plus attirée jusqu'à présent, rapport à une certaine période de ma vie qui est heureusement derrière moi. Tu vois, personnellement, je n'hésite pas à dire que j'ai adoré, mais je sens bien que son style ne convient pas forcément à tout le monde, c'est pour ça que, pour une fois, je n'ai pas écrit à la fin une phrase du type "si vous aimez les romans sentimentaux, ce livre est fait pour vous" parce qu'avec ce style très particulier, eh bien, ça n'est pas forcément vrai !

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  4. Je note, tu as attisé ma curiosité. Et comme je ne connait pas cet auteur je serais heureuse de découvrir son univers!

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  5. Je suis en train de le lire et je ne le lâche plus ! bises

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    1. Moi aussi :) Bon, je ne sais pas si j'ai le droit de dire ça après avoir lu "seulement" trois de ses romans, mais j'adhère complètement à son style !

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  7. Cécile de Brest03 février, 2014 12:26

    Ce qui me surprend chez Kennedy, c'est sa capacité à avoir pour personnage principal une femme. Je trouve qu'il nous comprends parfaitement.
    Je n'ai pas lu celui-ci, je le ferai sans doute, je les lis tous en général mais ma préférence va à La poursuite du bonheur que j'ai vraiment trouvé formidable, je te le conseille vivement.
    En plus Douglas Kennedy est franchement sympathique, je l'ai "rencontré" dans une librairie brestoise où il faisait une mini-conférence. Il parle très bien français et est très proche de ses lecteurs.

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    1. Je suis totalement d'accord avec toi ! Je ne connais qu'un autre auteur capable d'écrire des personnages féminins aussi crédibles, c'est Guy Gavriel Kay.
      Je crois bien que tu m'as convaincue pour "La poursuite du bonheur" :) Mais je vais attendre un peu. J'aime espacer ses romans histoire de mieux les savourer.
      Et clairement, Douglas Kennedy est l'un des auteurs que j'aimerais beaucoup rencontrer. Il doit être passionnant en conférence !

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