mercredi 11 septembre 2013

Guy Gavriel Kay - Sous le ciel

Pendant deux ans, au cœur des montagnes entourant le lac Kuala Nor, loin à l’ouest de la cité impériale, et même au-delà des frontières de l’empire de la Kitai, le jeune Shen Tai, seul au fond d’une cabane isolée, a écouté, dans l’air dur et froid des nuits de lune et des nuits noires, les voix des fantômes des soldats morts pendant la violente bataille qui s’est déroulée à cet endroit. Afin d’honorer la mémoire de son père, le général Shen Gao, qui était à la tête des soldats de l’empire, c’est en ces lieux maudits qu’il s’est voué corps et âme à la pénible tâche d’enterrer les os de tous les combattants.
Alors que Tai prépare son retour vers la cité impériale, aussi dangereuse que magnifique, un émissaire de l’empire Tagur, la nation rivale, lui apporte une nouvelle surprenante : Chen-Wan, l’une des épouses de Sangrama le Lion, empereur du Tagur, lui a offert, pour le remercier de sa tâche, un présent. Or, celui-ci est d’une telle ampleur qu’il peut changer le visage même de l’empire de la Kitai… ou mener Tai à une mort certaine.

Je l'ai dit et je le répète, Guy Gavriel Kay est mon auteur préféré. Mais il faut bien avouer que ses deux dernières productions, Le dernier rayon du soleil et Ysabel, m'avaient laissé sur ma faim. J'attendais davantage d'émotion et de profondeur de la part de l'auteur des sublimes Tigane et Les lions d'Al-Rassan. C'est donc avec une certaine méfiance que j'ai abordé Sous le ciel. Mais dès les premières pages j'ai été envoûtée, comme au bon vieux temps pourrait-on dire. 

Un jeune homme au bord d'un lac. Des morts à enterrer. Leurs os qui brillent au clair de lune. Les cris des fantômes qui expriment leurs tourments. C'est à partir de cette image limpide, à la fois forte et simple, que Kay tisse la trame d'une intrigue de plus en plus riche. Après l'Espagne de la Reconquista et l'Italie de la Renaissance, après Byzance et le Royaume-Uni au temps des invasions vikings, c'est en Chine qu'il nous emmène cette fois, à l'époque de la dynastie Tang (au 8ème siècle de notre ère). Tout n'est que luxe et raffinement à la cour de l'auguste empereur Taizu, puisse-t-il vivre un millier d'années. Les arts (musique, danse, poésie, peinture) s'épanouissent et l'Etat prospère grâce aux richesses venues des quatre coins du monde par les routes de la soie. Mais, derrière ce tableau idyllique, tout n'est qu'ambition, convoitise et rivalité. Coupé du monde pendant deux ans, Shen Tai, notre héros, va devoir réapprendre très vite les règles impitoyables de cet univers s'il veut survivre au cadeau somptueux (mais empoisonné) qu'on lui a fait...

C'est en passant par la petite histoire, celle de Tai, que Kay nous raconte la grande, celle d'un pays immense et de ses millions d'habitants. Il nous montre avec maestria comment les ambitions personnelles d'une poignée d'individus influent sur le destin de tous et peuvent provoquer grandeur ou catastrophe. Au passage, il décrit la splendeur et la cruauté d'une époque que certains considèrent comme l'âge d'or de la civilisation chinoise. C'est captivant car Kay ne verse jamais dans la description, il nous raconte tout cela à travers les péripéties de ses personnages, ce qui permet donc à son récit de rester très vivant. On ne s'ennuie pas un instant et les pages défilent toutes seules. 

Et puis, il y a la fin, poignante, forcément. Il y avait longtemps que Kay ne m'avait pas arraché des larmes. Contrairement à ses deux romans précédents, je me suis vraiment investie émotionnellement dans cette histoire et je me suis attachée à ses personnages, aussi bien les principaux que les secondaires, si bien que leur sort ne m'a pas laissé indifférente, loin de là. Franchement, ça fait du bien de retrouver ce très grand auteur aussi en forme. 

N'ayons pas peur des mots, Sous le ciel est un chef-d'oeuvre. Je le recommande à tous les fans de Kay, bien sûr, mais aussi à ceux qui ont vu et aimé les films de Zhang Yimou comme Hero et La cité interdite. Même ampleur, même poésie, même progression de l'histoire, tranquillement, jusqu'à la fin que l'on devine inexorable... et, surtout, même splendeur. A lire absolument, donc ! 
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