mercredi 7 août 2013

Natasha Solomons - Le Manoir de Tyneford

Le Manoir de Tyneford Natasha Solomons campagne anglaise 2ème guerre mondiale
Au printemps 1938, l'Autriche n'est plus un havre de paix pour les Juifs. Elise Landau, jeune fille de la bourgeoisie viennoise, est contrainte à l'exil. Elle ne sait rien de l'Angleterre, si ce n'est qu'elle ne s'y plaira pas. Tandis que sa famille attend un improbable visa pour l'Amérique, elle devient domestique dans une grande propriété du Dorset, c'est elle désormais qui polit l'argenterie et sert à table. Au début, tout lui paraît étranger. Elle se fait discrète, dissimule les perles de sa mère sous son uniforme, tait l'humiliation du racisme, du déclassement, l'inquiétude pour les siens et ne parle pas du manuscrit que son père, écrivain de renom, a caché dans son alto. Mais la guerre gronde, le monde change et Elise l'insouciante est forcée de changer à son tour. Elle s'attache aux lieux, s'ouvre aux autres, se fait aimer et provoque même un scandale en dansant avec le fils du maître des lieux lors d'une soirée inoubliable au manoir. Il y a quelque chose d'enchanteur à Tyneford...

Pour ouvrir cette chronique, permettez-moi de reprendre les mots du Times : il s'agit bel et bien d'une "ode à un monde disparu, profondément touchante et délicieusement romantique." L'auteure évoque d'abord le Vienne de l'entre-deux guerre. Vue à travers les yeux naïfs d'une jeune fille à l'enfance protégée, la ville est enchanteresse. Tout n'est que délicieux goûters à l'hôtel Sacher et soirées prestigieuses à l'Opéra. Il fait bon vivre dans le grand appartement bourgeois de la Dorotheegasse, entre Anna et Julian, les parents artistes, Margot, la sœur musicienne, et Hildegard, l'affectueuse gouvernante. Certes Elise n'a ni le talent ni le physique de rêve de sa mère et de sa sœur, et cela lui pèse, mais c'est la seule ombre au tableau d'une existence par ailleurs idyllique. Mais nous sommes en 1938, Hitler a annexé l'Autriche et les humiliations pleuvent sur les Juifs. Derrière les notes de musique, les bulles de champagne, les bijoux et les belles robes, l'inquiétude ronge la famille et les amis d'Elise. Il faut partir car à Vienne le danger les guette. Les visas pour l'Amérique seront faciles à obtenir pour les artistes de la famille, mais que faire d'Elise qui n'a aucun don particulier ? Une seule solution, lui obtenir un visa d'employée de maison pour aller travailler en Angleterre. 

J'ignorais totalement l'existence de ces femmes qui ont pu échapper aux griffes des Nazis en renonçant à leur condition première. Imaginez comme le choc fut rude lorsqu'elles passèrent des dorures de leur propre salon aux chambres de bonne sous les toits (non chauffées en hiver, sinon ça n'est pas drôle). Travailler plus de douze heures par jour lorsqu'on a l'habitude de se faire servir, tout en se rongeant les sangs pour la famille qu'on a laissée derrière soi, il y a de quoi sombrer dans la dépression.  Heureusement, Elise possède de sacrées facultés d'adaptation et un caractère bien trempé, si bien qu'elle se fait une place à Tyneford sans toutefois renier complètement qui elle était. Elle qui n'avait jamais vu la mer tombe amoureuse de ce coin de campagne anglaise, sauvage et préservé. Nous aussi, tant les descriptions, jamais ennuyeuses et toujours bien amenées, font véritablement sortir Worbarrow Bay de la page. Je vous conseille d'ailleurs, tant pour  les détails géographiques qu'historiques, de lire la note de l'auteure à la fin de l'ouvrage. Natasha Solomons fait la part entre la vérité et la fiction et c'est vraiment très intéressant, après avoir vibré d'émotion avec Elise, de se dire que des gens ont vraiment vécu le même déchirement, le même déracinement. (Et je ne parle pas que des réfugiées viennoises, mais je ne peux pas vous en dire plus pour ne pas spoiler le livre.)

Si vous aimez la petite histoire au sein de la grande, ce livre est fait pour vous. Si vous aimez les récits poignants et romantiques aussi. Je l'ai refermé avec une certaine mélancolie, convaincue que Tyneford et Elise resteront longtemps dans ma mémoire. C'est ce qui fait l'étoffe des grands livres.   

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10 commentaires:

  1. Aaaaahhhh j'adore la petite histoire de la grande, mais pas franchement les histoires romantiques ... Quel cruel dilemme, et par ta faute ! :D
    (Et sinon, par rapport à ton billet d'hier, pour les jours où tu déprimes capillairement parlant : je n'ai pas fait de brushing depuis 2011. Voilà.)
    Des bisous !

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    1. Bon, si ça peut te rassurer, on suit surtout le parcours d'Elise, son passage de la fin de l'enfance (tardive) à l'âge adulte. L'amour en fait partie mais ça n'est pas non plus le thème principal. Pour moi, c'est plutôt une femme dans la tourmente.
      Quant aux brushings : je t'envie ! Ça me gonfle en fait, mais vu que j'ai les cheveux tout raplapla, il faut que je les sèche si je veux un tant soit peu de volume :/

      Bisous à toi aussi !

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    2. Tu as gagné, c'est sur ma liste de livres à lire !
      Côté cheveux, je ressemble plutôt à Simba qui s'ébroue en sortant de l'eau (certaines personnes pourraient perfidement ajouter que je ne suis pas non plus très loin de Bonnie Tyler, mais ne les écoute pas), mais j'ai tellement la flemme de passer plus de trois minutes à me sécher les cheveux ... (Et pas seulement parce que je suis nulle en brushings)
      Aaaaahhhh les cheveux, cette éternelle cause de désespoir ! ^^

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    3. C'est sûr ! On veut toujours les cheveux de la copine qui, elle, désespère tout autant ! Les bouclées veulent des cheveux lisses et les cheveux lisses veulent des boucles ! Jamais contentes ! ^^

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  2. J'adore tes chroniques de livres, ma liste de "à lire" s'allonge, mais au moins je saurai quoi aller chercher quand j'aurai fini les en-cours :-)
    Celui-ci, je le placerai en 1er, ton article me fait penser à un livre lu il y a longtemps qui me donne encore la chair de poule quand j'y pense, Anna et son orchestre de Joseph Joffo.

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    1. Je note le titre, je viens de regarder sur Amazon, l'histoire a l'air très bien aussi !

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  3. j'adore quand tu partage tes lectures =)
    ça m'a l'air super sympa ce livre!
    bisous ma toute belle Isa

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  4. Je commence ce roman et ton billet me donne vraiment envie de poursuivre.
    Une belle Chronique. Merci

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