vendredi 5 octobre 2012

Le secret du maître de thé - Kenichi Yamamoto

Vers minuit, une forte pluie commença à battre les tuiles de la toiture. Étendu dans sa chambre, Rikyû sentait son sang bouillir de colère. La rage lui tenaillait les tempes. Son cœur tapait dans sa poitrine... L'averse s'intensifia tout à coup, puis un éclair fulgura, faisant jaunir le papier de la cloison, et le tonnerre gronda aussitôt. «Le ciel a entendu ma fureur», pensa-t-il... Le visage simiesque d'Hideyoshi envahit une nouvelle fois son esprit. Aucun motif sérieux ne justifiait l'ordre de se suicider que celui-ci venait de lui faire parvenir... 
Le 28 février 1591, le shogun Toyotomi Hideyoshi ordonna effectivement à Sen no Rikyû, le plus grand maître de la cérémonie du thé de l'époque, de se suicider - ce qu'il fit. Mais pourquoi ? Cette histoire bien réelle reste, après plus de quatre siècles, une grande énigme, qui a inspiré de nombreux écrivains et cinéastes japonais mais n'a jamais été résolue. On prétend, au Japon, que l'art très codifié de ce cérémonial autour du thé recèle un sortilège qui peut rendre fou le cœur des hommes. Dans ce roman, au fil des heures précédant l'aube fatale, Kenichi Yamamoto va nous faire découvrir comment son héros aura constamment cherché à atteindre l'extrême limite de la beauté, même si ce devait être au péril de sa vie. 

Tout d'abord, je souhaite dire un grand merci à ma copine Kleo qui m'a offert ce livre pour mon anniversaire. Grâce à elle, j'ai pu découvrir un univers qui m'était totalement inconnu, celui de la cérémonie du thé et des maîtres de thé japonais. Je connaissais ce rituel de nom, bien sûr, mais j'ignorais tout de ses gestes, de ses ustensiles et de son décor. Car ces éléments forment un tout et font appel à tous les sens : le goût du thé et du repas servi à l'invité, le son de la brise dans les pins ou le chant des oiseaux, l'odeur de l'encens, le contact du bol à thé et la vue d'une fleur soigneusement disposée dans un vase choisi avec tout autant de soin. Rien n'est laissé au hasard.

Sen no Rikyû est donc un maître en la matière, mais il est intransigeant dans sa quête de beauté et de perfection. Pourquoi ? Pourquoi repousser ainsi les limites de son art, au point de froisser son protecteur, le puissant Hideyoshi ? Quel est donc ce secret qui le pousse à agir ainsi ? Vous le saurez en lisant ce livre. 

J'ai particulièrement aimé la structure du récit, qui part du matin de la mort de Rikyû pour remonter le temps jusqu'à nous livrer le secret du maître de thé. J'ai eu plus de mal avec sa lenteur, mais je crois que celle-ci convient parfaitement à l'histoire qu'on nous raconte et à la civilisation qu'on nous décrit. Les deux personnages principaux, Rikyû et Hideyoshi, m'ont d'abord paru aussi antipathiques (et butés) l'un que l'autre. Pourtant, malgré moi, au fil de ma lecture, j'ai fini par m'attacher à Rikyû. Tout au moins, j'ai fini par comprendre cette quête obsédante et par plaindre cet homme qui s'aliène tout le monde, y compris ses proches, parce qu'il ne peut partager avec personne le drame de sa vie. C'est du moins la manière dont je vois les choses pour l'instant, alors que je viens de refermer ce livre. Car Rikyû fait partie de ces personnages qui restent avec vous bien après la lecture, et je crois qu'il y a différentes façons d'envisager son histoire et que je n'ai pas fini d'y réfléchir. Un livre fascinant, donc.


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12 commentaires:

  1. Oh, ça me fait bien plaisir ! Effectivement, la narration est lente, mais je trouve que c'est assez courant dans la littérature japonaise, aussi n'y ai-je pas fait attention. Je voulais surtout faire partager cette superbe esthétique de la cérémonie du thé, si bien décrite dans ses moindres détails :)

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  2. Tu as bien eu raison ! Et je pense que je te poserai plein de questions sur ce livre et sur la cérémonie du thé quand on se reverra :)

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    1. Dès qu'on peut l'une et l'autre, surtout ^^

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  3. Au moins l'idée est original et le décor sympa ! Après j'ai voulu lire un bouquin sur ce rituel du thé, mais c'était très dogmatique et c'était tellement chiant que je bannis tout ce qui parle de thé pendant un moment, après on verra ;))

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    1. Je peux comprendre :) Moi, j'ai enchaîné avec un bouquin de romance. Impossible de plonger dans un grand roman épique quand tu sors d'un livre que tu as besoin de laisser décanter.

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  4. Gentille la copine :)
    J'ai une préférence pour les classique (Baudelaire, Hugo, Camus... licence de lettres oblige :p)

    Kisses ♥
    http://www.mademoisellemode.com/

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    1. J'aime les trois noms que tu as cités. Hugo est un très grand conteur, Baudelaire me réconcilie avec la poésie et j'ai adoré La Chute de Camus :)
      Bisous !

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  5. Encore un style que je ne connais pas (après le fantastique). J'aurais peur de laisser tomber la lecture du fait de la lenteur. A voir.

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    1. Mieux vaut l'emprunter en bibliothèque si tu n'es pas sûre :)

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  6. Une jolie découverte, intrigante en plus !Je n'ai jamais entendue parler de cette histoire, mais j'ai envie d'en savoir plus maintenant ;-)
    Bisous <3

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    1. Moi aussi, j'ai trouvé le pitch très intrigant, de quoi attiser ma curiosité. Bon, t'as un peu envie de leur filer des baffes au début, mais après, tu comprends :)

      Bisous <3

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