samedi 16 juin 2012

Lettre à l'absent

Quand tu n'es pas là, je me sens toute drôle. Et soyons francs, je déteste ça. Je déteste cette peur irraisonnée qui est la mienne chaque fois que tu quittes la maison. Nous en discutions l'autre soir et nous étions tous les deux d'accord pour dire que c'est ridicule. Tu risques autant (ou aussi peu) de choses à 700 km de la maison qu'à 500 m. Savoir que tu ressens la même chose quand c'est moi qui pars ne me soulage pas vraiment : on est juste deux à se conduire comme des idiots. Quand j'ai regardé le train s'éloigner hier, je me suis concentrée sur le positif. Nous aimons tous les deux les voyages, et j'étais heureuse pour toi de ce temps de lecture et de méditation que représente un long trajet en train. De mon côté, je suis rentrée, je me suis fait un bon thé bien chaud et je me suis allongée dans le canapé avec un bouquin génial. Pendant quarante minutes, j'étais au paradis. La maison était vide et silencieuse, personne n'attendait rien de moi, pas même toi (tu sais que je dis ça avec tout l'amour possible), et cela m'a fait du bien. Ensuite, bien sûr, après avoir ramené les enfants de l'école, les lieux étaient moins calmes, et il fallait penser au repas, mais j'ai quand même réussi à voler quelques minutes de lecture entre mes différentes tâches ménagères. Après le coucher des enfants, ma soirée m'appartenait totalement et j'ai savouré cette liberté : un peu d'ordi, deux épisodes d'une série que tu ne regardes pas avec moi et encore deux ou trois heures de lecture. (Je n'arrive plus à lâcher ce livre, s'il ne faisait pas 700 pages, je l'aurais déjà fini.) J'ai vraiment apprécié ce moment, contente de savoir que de ton côté tu passais ta soirée avec des amis, chose que l'on fait trop peu ces derniers temps. 


Je sais que, jusqu'à demain après-midi, le week-end tout entier sera à l'image de cette soirée : une sensation de liberté et de détente, en sachant que je suis seule maîtresse à bord et que je gérerai mon emploi du temps uniquement en fonction des enfants et de mes envies (dans cet ordre, on est bien d'accord). Oui, nous aimons ces pauses que nous nous accordons et qui sont tellement nécessaires pour les deux grands indépendants que nous étions autrefois. Mais, justement, ce goût pour l'indépendance fait que je déteste cette angoisse sourde que je m'efforce d'ignorer et qui ne s'apaisera qu'à ton retour sain et sauf parmi nous. Je déteste ce manque qui m'étreint avant de m'endormir seule dans le lit vide et qui réapparaît dès que j'ouvre les yeux. Je devrais pourtant me réjouir d'avoir toute la place pour moi et de ne voler les couvertures à personne. (D'ailleurs, je me suis enroulée deux fois dedans, pour la peine !) Je devrais pouvoir affronter quarante-huit heures sans toi en toute sérénité, non ? 

Mais j'y travaille. Je n'ai pas l'intention de laisser mes émotions négatives régir mes journées. J'ai plutôt bien dormi cette nuit. Surtout, je retrouve le plaisir de m'occuper à plein temps des enfants après ces longs mois où je me suis beaucoup appuyée sur toi à cause de ma charge de travail. C'était chouette d'être seule avec eux à la table du dîner et de les écouter parler. Chouette aussi de les voir plus calmes, prêts à m'aider, comme s'ils sentaient qu'ils devaient mettre un peu du leur aussi, dans cette situation qui sort de l'ordinaire. (Attention au retour de bâton la semaine prochaine ; ne te vexe pas si, à un moment donné, je te demande "Tu repars quand ?")

Les temps de pause sont nécessaires dans un couple. On n'en a pas pris assez au début et notre histoire est vite devenue étouffante. Nous réapprenons à nous construire en tant qu'individus qui vivent côte à côte au lieu de fusionner. Je suis fière des progrès accomplis. Mais je ne sais trop quoi penser de cette angoisse et de ce manque. Disparaîtront-ils un jour ? Pourrons-nous partir, ou regarder l'autre partir, sans la moindre inquiétude ? La vie nous a beaucoup malmenés l'un et l'autre, séparément puis ensemble, et nous avons des raisons de ne pas lui faire confiance. Il le faudra bien, pourtant, si l'on veut profiter pleinement des bons moments qu'elle nous offre...

Pour illustrer ce billet, j'ai choisi les photos de mes pivoines, petit clin d’œil à ta réaction mercredi soir quand je suis revenue avec ce bouquet. Sur le moment, ça t'a un peu "chiffonné" que je me sois achetée des fleurs, même si ce sont mes préférées. Tu n'étais pas fâché, pas du tout, mais un peu dépité, je crois. Alors, je te l'ai mis dans les mains et tu me l'as "offert" symboliquement. Je crois que c'est ça, un couple. Faire des choses séparément aussi bien qu'à deux et toujours, toujours, se retrouver quelque part au milieu.


P.S. : On n'oublie pas le concours ! Vous avez jusqu'à mardi pour participer.

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28 commentaires:

  1. Je me suis tellement reconnue dans cet article... Gros bisous à toi!

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  2. Cécile de Brest16 juin, 2012 16:15

    Ton texte est très joli... Pourtant, je ne me reconnais pas du tout dedans étant donné que j'ai épousé un marin... qui au début de notre relation était parti environ 200 jours par an. Donc c'était loin d'être étouffant ! Aujourd'hui encore, il lui arrive de partir, comme l'hiver dernier où il a été absent presque 4 mois. Je m'en sors bien niveau organisation et je prie pour que les enfants ne me fassent pas de mauvais coup pile pendant cette période !

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    1. J'ai écrit ce texte parce que j'aimerais réussir à allier indépendance et vie de couple. Je t'admire, je ne sais pas si je serais capable de faire comme toi !

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  3. ton article est superbe isa... des grosses bises

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    1. Merci Caroline, grosses bises à toi aussi :)

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  4. Belle déclaration ! Je me reconnais dans ce récit, figure toi que moi je suis mariée à un pompier donc, je connais trop bien ses périodes répétées même si elles sont courtes (gardes de 24h au maximum)où l'on n'est pas ensembles les weekends, les nuits, les grands jours comme Noël ou le jour de l'an, les anniversaires, etc...Les départs en pleine nuit quand le Bip sonne, dur de se rendormir car l'être aimé est parti et ensuite l'appréhension et la crainte arrivent de ce qu'il pourrait arriver... Malgré les années, je ne m'y suis toujours pas faite, à certains moments de cette solitude j’apprécie le fait d'être seule et de faire ce que je veux, quand je veux, vu que ma file est grande maintenant, mais le soir au moment de se coucher, c'est le moment que je redoute et repousse au maximum jusqu'à faire des nuits blanches...Bon week.Biz.

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    1. Merci Natadou. Je te comprends, ma cousine est mariée à un policier et connaît la même angoisse, elle n'arrive pas à dormir quand il est de service. Du coup, je me trouve encore plus ridicule avec mes peurs à la noix !
      Bon week-end à toi aussi, bises.

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  5. Je trouve ton texte très touchant.Vivement qu'avec Chéri, on puisse ne se séparer que le temps d'un WE ! ;-)

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    1. Je te le souhaite aussi, et le plus tôt possible :)

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  6. Je me reconnais parfaitement dans ton texte, même joie, et pourtant même angoisse ! Là tu vois je suis toute seule pendant 2-3h, loulou en vacances au Maroc avec mes parents depuis 10j, mon homme est parti courir, j'ai la maison pour moi toute seule et je profite de ce calme ! les departs plus longs sont plus angoissés surtout quand il part avec le loulou mais je suis tellement "soulagée", que ce sentiment prend le pli sur tous les autres et je deguste au maximum ! Bises Isa, profites bien de ton WE ! Be yourself !

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    1. Merci ma belle, j'essaie !:) Bises à toi aussi !

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  7. C'est touchant et très tendre :)
    Bonne journée Isa !

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    1. Merci Laura, bonne journée à toi aussi :)

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  8. Chou et moi avons du mal à rester séparer et je ne suis pas tranquille quand il est en déplacement. J'avais fait un article aussi, comme quoi on est bien dépendante ;))

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    1. Ah, je lirai volontiers ton article ! Mais, comme j'essayais de l'exprimer ici, ça me gonfle d'être dépendante ! ^^

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    2. Oui j'ai bien vu que ça te gonflait et je n'ai pas trop d'opinion parce que d'un côté je te comprends : moi qui adorait la solitude, maintenant je m'ennuierais presque toute seule (heureusement que j'ai le blog). Mais en me^me temps c'est bon signe, c'est la passion, il faut en profiter : il sera bien temps de prendre des distances quand on en aura envie, je pense qu'il y a un temps pour tout. Bon mais c'est vrai qu'en attendant ne plus pouvoir supporter d'absence c'est quand même un peu fort : moi parfois s'il part un jour où je reste à la maison (parce que bon au boulot le temps ne passe pas pareil^^) je mets son parfum, je sens ses habits etc !
      (C'est un billet un peu vieux, du début de ce blog ou de la fin du précédent. Je le relie à une histoire de déjeuner mais ça doit en être 2 différents, je ne sais même plus il est temps que j'aille le relire aussi tu vois ! lol)

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    3. Disons qu'au bout de dix ans j'aspire à plus de sérénité ! :)

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  9. Hello Isa,
    Comme d'habitude tu écris avec beaucoup de délicatesse, on sent une réelle tendresse dans tes mots. Vous avez vraiment une belle relation et je vous souhaite qu'elle dure le plus longtemps possible.
    Des bisous et belle semaine <3

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    1. Merci beaucoup Ellen, bisous et belle semaine à toi aussi :)

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  10. Ton billet m'a beaucoup touchée lorsque je l'ai lu hier alors je prends le temps de te laisser un petit mot aujourd'hui... Il fut un temps où c'est l'inverse qui se passait chez nous. Je partais et c'était Mr qui restait en solitaire à la maison... Cela a duré plusieurs années et il m'a confié qu'il ne s'y était jamais habitué. Depuis que nos filles sont arrivées, il y a eu quelques escapades en France que j'ai fait en partant avec elles et je crois qu'il a eu encore plus de mal à nous voir partir! Je pense que dans ces moments là il se rendais compte de l'angoisse de nous perdre... Au mois de septembre je dois partir quelques jours à l'étranger pour mon travail et c'est lui qui va rester seul avec nos filles. Je me demande qui de nous deux aura le plus envie de retrouver l'autre!!! Bises et très belle semaine à toi!

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    1. Merci d'avoir pris le temps de cette réponse :) Je suis toujours très étonnée moi aussi quand mon homme me confie que je lui manque ou qu'il angoisse quand je ne suis pas là. En tout cas, je trouve ça très touchant. Nos hommes sont sensibles et n'hésitent pas à nous le dire ! Et c'est tellement bon de se retrouver après une absence :) Tu nous raconteras après ton voyage ?

      Bises et belle semaine à toi aussi !

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  11. Quelle belle déclaration d'amour entre les lignes... oui, la vie à deux n'est pas simple même lorsque l'on est amoureux, mais justement, s'en sortir ensemble est merveilleux :)

    bisous !

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    1. C'est plus compliqué, en effet, que tout ce que j'aurais pu imaginer ! Mais c'est très gratifiant de progresser ensemble :)

      Bisous !

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  12. très justement dit; J'avoue aimer créer ses absences qui rapprochent, m'éloigner pour se retrouver, seule et à deux.

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