lundi 21 mai 2012

Il faut que ça s'arrête !

Ce matin, Armalite a fait circuler sur Facebook cet excellent article d'Armelle Vincent. La journaliste y relève point par point les différentes attaques des ultra-conservateurs américains contre les droits des femmes. Je vous invite vivement à lire son article en intégralité et, avant de vous livrer les points qui m'ont le plus choquée, je vous situe un peu le contexte. L'avortement est depuis longtemps un sujet de débat houleux aux États-Unis. Depuis l'arrêt Roe vs. Wade rendu par la Cour Suprême en 1973, l'avortement est légal dans le pays. Mais, dans les faits, chaque État peut émettre plus ou moins de restriction visant à empêcher la femme d'accéder à ce droit que je considère pour ma part fondamental. On ne compte plus le nombre d'établissements qui ont fermé là-bas (même si la situation n'est pas beaucoup plus florissante en France de ce point de vue, l'accès à l'IVG étant également de plus en plus restreint de manière officieuse et sournoise). On ne compte plus non plus le nombre de coups d'éclat, d'agressions de médecins voire d'attentats à la bombe commis par ceux qui se réclament du mouvement "pro-vie". 

La chose me révoltait déjà, mais ce que les Américaines appellent désormais "la guerre contre les femmes" vient de prendre une toute nouvelle ampleur ces dernières années. Les ultra-conservateurs ne visent plus seulement l'avortement mais la contraception. Oui, vous avez bien lu. Voici quelques projets de loi qu'Armelle Vincent a cités dans son article :
  • au Kansas, une loi récemment signée par le gouverneur Sam Brownback autorise désormais les pharmaciens à non seulement refuser de vendre à une femme les contraceptifs prescrits par son médecin, mais en plus de lui rendre l’ordonnance afin de l’empêcher d’aller dans une autre pharmacie pour les obtenir. Les pharmaciens n’ont qu’à invoquer leurs convictions religieuses ;
  • en Ohio, une loi permettrait de restreindre drastiquement l’utilisation d’un stérilet, accusé par les ultraconservateurs d’empêcher la fécondation. Le débat s’est en effet déplacé de l’avortement à l’obstacle à la fécondation, que les conservateurs souhaitent éliminer.  
Mais n'allez pas en déduire que la femme serait tout juste bonne à procréer, non, ce serait trop beau, la femme pourrait aussi à l'avenir être traitée comme une criminelle en puissance et comme un animal :
  • en Georgie, un projet de loi propose d’inculper de crime les femmes victimes d’une fausse couche si elles sont dans l’incapacité de prouver qu’elles ne l’ont pas provoquée. Un autre suggère de redéfinir les victimes de viols comme « accusatrices ». Si voté, un troisième obligerait les femmes à continuer de porter un fœtus mort jusqu’au terme de la grossesse « comme les vaches » ;
  • en Idaho, le député Chuck Winder a récemment suggéré que les femmes utilisent généralement l’excuse d’un viol pour se faire avorter. L’Etat vient d’adopter une loi obligeant les femmes à subir une échographie vaginale avant un avortement, même si leur grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste ;
Pour celles et ceux qui l'ignorent, une échographie vaginale consiste à enfoncer une sonde dans le vagin pour aller voir au plus près ce qui se passe dans l'utérus. C'est un examen normalement prescrit en cas de problème médical grave, comme une suspicion de grossesse extra-utérine, par exemple. Dans ce cas précis, je suis désolée, mais vous faire subir un examen invasif inutile juste pour vous dissuader d'avorter, personnellement, j'apparente ça à un viol. Un viol de votre corps, de votre intimité, une volonté de vous humilier et de vous traiter comme un objet. Pour les femmes dont la grossesse résulte déjà d'une agression sexuelle, vous imaginez le traumatisme ?

C'est insupportable. C'est inacceptable. Encore une fois, je vous invite à lire jusqu'au bout cet article édifiant et à vous rendre sur la page Facebook du mouvement "Rock the Slut Vote" pour leur témoigner notre soutien. Et pour celles et ceux qui seraient tentés de penser que tout cela se passe bien loin de chez nous, je vous renvoie aux propos du numéro deux du FN sur le plateau de Mots croisés, sur France 2, en janvier 2012 :



Les propos sont finalement les mêmes qu'aux États-Unis. Il ne faudrait pas qu'on en arrive à donner plus de droits à un enfant à naître qu'à la femme qui pourrait ou non le mettre au monde. Nos corps ne sont ni des couveuses ni des machines à pondre. Je suis mère parce que je l'ai choisi, parce que j'en ai eu envie et non parce que je l'ai subi. J'aimerais que toutes les femmes au monde puissent avoir ce choix. C'est aussi simple que ça.
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12 commentaires:

  1. Je suis d'accord avec toi, c'est révoltant, mais c'est aussi, je pense, le résultat d'une longue campagne des ultra-religieux : je me souviens d'un cours d'anglais où on parlait de l'assassinat (pur et simple) d'un médecin pratiquant les IVG devant sa clinique...
    Dans le même ordre d'idées, il y a aussi ce vote il y a quelques semaines en Caroline du Nord (dont Rue89 s'était déjà fait l'écho), qui considère comme unique structure familiale le couple hétérosexuel marié... C'est assez ahurissant, mais il est vrai qu'en France la situation, quoique moins dramatique, n'est pas non plus reluisante.

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  2. Je ne sais si tu es allée consulter l'article d'origine, un des projets de loi cités propose plus ou moins de ne pas poursuivre une personne qui aurait tué un médecin pratiquant des avortements. C'est pas beau, ça ?
    Et tu parles du couple hétérosexuel marié comme unique structure familiale, il y a aussi un projet de loi visant à pénaliser les parents célibataires... On marche sur la tête !

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  3. C'est tellement révoltant!!! Le pays qui se dit "de la liberté!" (bon, c'est pas une nouvelle, leur concept de liberté est très différent du nôtre, mais là... y'a pas de mot! qui est-ce, qui parlait de "civilisations qui ne se valent pas", en invoquant justement les violences faites aux femmes...? je ne pense pas qu'il pensait à cette civilisation-là, mais pourtant...)
    Bref, ces extrémistes font vraiment peur, je vais partager l'article, c'est vraiment vraiment flippant...

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    1. Oui, il faut en parler car on ne peut pas rester indifférent(e)s face à de tels propos et de tels actes. Cela dit, depuis que l'article a été publié ce matin sur Rue89, le site de femmes américaines dont on parle dans l'article est inondé de messages de soutien de la part des Français(e)s. Preuve que la solidarité existe et a encore de beaux jours devant elle !

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    2. Oui... C'est sûr qu'on se sent touché, venant d'un pays dont la culture est si proche de la nôtre et a longtemps été une sorte de "modèle" et de "rêve" de liberté...
      C'est effrayant, qu'un pays qui prône les libertés et se permet de faire la morale sans cesse (et la guerre) aux autres pays en leur nom, en arrive là...
      C'est bien la preuve que nos droits si chers que l'on croit "inaliénables" et acquis nécessitent encore et toujours qu'on lutte pour les conserver...

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    3. C'est exactement pour ça que j'ai écrit cet article, parce qu'il ne faudrait pas qu'en se réveillant un matin on découvre qu'on nous a supprimé des droits qu'on ne savait même pas qu'on avait. Non, ces droits, on les a, il est important de le savoir et de faire une espèce de "devoir de mémoire", aussi, en se rappelant que : 1) ce n'est qu'après la 2e guerre mondiale que les femmes ont obtenu le droit de vote et le droit d'avoir un compte en banque à leur nom et 2) elles ne peuvent légalement avorter que depuis 1975, c'est à dire depuis seulement 37 ans.

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  4. Quelle sauvagerie ! certains états des USA sont pires que ce que l'on peut dire de certains pays "islamiques" avec lesquels on nous rabat les oreilles... mais c'est pour les mêmes raisons : (s*loperie de) religion ! ohhhh comme je me comprends d'être athée pure et dure...
    Merci de nous tenir informées, dans la lumière, Isa ! bises

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    1. Je t'en prie, Olga ! A lire vos commentaires, je me rends compte de quelque chose qui m'effraie un peu : je vous vois choquées et révoltées et je m'étonne au final de la "tiédeur" de ma réaction. Oh, je suis dûment indignée, là n'est pas le problème, mais le choc est passé depuis longtemps. C'est peut-être aussi parce que je connais bien les États-Unis et toutes les contradictions de ce grand et beau pays (qui n'a de beau que ses paysages à couper le souffle, parce que pour le reste, clairement, on n'a pas de leçon à recevoir de lui !) Le plus triste dans tout ça, c'est que j'ai toujours envie d'y vivre parce que c'est, géographiquement, l'endroit qui m'attire le plus au monde, mais, comme je le disais hier à une amie, je suis aujourd'hui soulagée de ne pas y élever mes enfants...

      J'avoue mon ignorance par rapport à la Russie, par contre. Comment ça se passe là-bas pour les femmes ? (Et les minorités, parce que n'oublions pas non plus la guerre qui est menée en France comme aux États-Unis, contre les homosexuels et, d'une certaine façon, les étrangers, surtout ceux qui n'ont pas la même couleur de peau.)

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  5. Je suis scotchée et je reste sans voix à la lecture de ton article (ce soir je lirais celui d'Armelle Vincent). Mais dans quel monde vivons nous?? C'est encore le fruit de misogynes qui se cachent souvent dernière des convictions religieuses! Et dire que des millions de femmes (et des hommes qui les ont aussi soutenus) se sont battu et que certaines personnes veulent remettre ça en cause! Ils sont fous ces Américains!!

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    1. Je ne sais si leur misogynie m'effraie plus que leurs convictions religieuses ou vice-versa. Une chose est sûre, il ne faut pas les laisser faire !

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