mardi 3 janvier 2012

Lullaby

Il y a des chansons qui vous touchent plus que d'autres. Certaines évoquent des instants de bonheur ou des histoires d'amour, d'autres vous rappellent des événements douloureux. C'est le cas pour moi avec cette chanson de Nickelback. 


                                                        And maybe you can't tell
                                                        I'm scared as hell
                                                        Cause I can't get you on the telephone

Elle reflète exactement ce que j'ai vécu en recevant, un matin, la lettre d'une amie dans laquelle elle m'annonçait sa volonté de mettre fin à ses jours. C'était en 99, nous n'avions pas Internet et correspondions la plupart du temps par courrier car elle n'avait pas le téléphone. Chaque semaine, des lettres de plusieurs pages traversaient la France dans les deux sens. On se confiait nos joies, nos peines, je savais son quotidien difficile, mais je ne pensais pas qu'elle en était à ce point-là. Parce qu'on se disait tout, c'est à moi qu'elle a envoyé la lettre pour expliquer son geste. Après l'avoir mise dans une boîte aux lettres, elle est rentrée chez elle et elle a avalé un flacon de médicaments. C'était un jeudi soir. J'ai reçu son courrier trente-six heures plus tard, le samedi matin. Bien sûr, pas moyen de la contacter. Passée la stupeur et le choc, je me suis ruée sur le téléphone et sur l'annuaire. Pendant deux heures, j'ai appelé toutes les personnes dans sa rue. Je ne leur ai pas dit la vérité, j'ai prétexté qu'il y avait eu un décès dans ma famille et que j'avais absolument besoin de joindre mon amie pour la prévenir. J'ai fini par tomber sur une voisine qui a bien voulu aller chercher la mère de mon amie pour me la passer au téléphone. J'ai appris que mon amie était sauve, qu'on l'avait retrouvée avant qu'il soit trop tard et qu'elle était à l'hôpital. Elle en est sortie quelques jours plus tard. Nous avons pu nous revoir, nous avons continué à échanger. Elle a reconstruit sa vie. Puis nos chemins se sont peu à peu éloignés, nous avons chacune trouvé du travail, fondé une famille. C'est une histoire qui, heureusement, se termine bien. 

                                                            I'm telling you that
                                                            It's never that bad
                                                           Take it from someone who's been where you're at
                                                            
Mais je l'ai vécue avec un mélange de culpabilité et de souffrance. Culpabilité de n'avoir rien vu venir, de n'avoir pas pu aider mon amie. Souffrance de l'avoir crue perdue pendant ces deux heures insoutenables, puis de me demander comment l'accompagner, comment lui redonner le goût de vivre. Le tout multiplié par deux puisque j'ai moi-même, pendant plusieurs années, traversé une dépression telle que le suicide me semblait être la seule solution. Envisager une chose pareille, c'est avoir l'impression qu'il n'y a plus d'espoir, plus d'issue, rien. On croit que le monde n'a plus rien à nous apporter et que nos proches, s'il y en a, ne peuvent rien faire pour nous. En ce qui me concerne, c'était aussi croire qu'il y a certaines blessures dont on ne se remet pas. 
                                                          
                                                          Stop thinking about
                                                         The easy way out
                                                         There's no need to go and blow the candle out
                                                         Because you're not done
                                                        You're far too young
                                                        And the best is yet to come

Je ne saurais pas dire quel a été le déclic. Sortir d'un trou noir comme celui-là, c'est un processus très lent, très long. Je me suis accrochée, sans trop savoir pourquoi. Peut-être par curiosité, j'ai repoussé toujours au lendemain le geste fatidique, pour voir ce que chaque journée allait m'apporter. Petit à petit, j'ai remonté la pente. J'ai retrouvé goût à la vie grâce aux gens formidables qui m'entouraient. Et puis, j'ai rechuté, gravement, à la naissance de ma fille. La blessure de mon enfance m'est revenue en pleine tête, comme un boomerang. Cette fois, je suis allée consulter. Trois ans et demi de thérapie ô combien bénéfiques, sur le moment, mais aussi - et peut-être surtout - après coup. Un jour, je me suis rendue compte que mes plaies étaient devenues des cicatrices et que ces cicatrices, je pouvais vivre avec.

                                                        So if you're out there barely hanging on
                                                        Just give it one more try
                                                        [...] If you can hear me now
                                                        I'm reaching out
                                                       To let you know that you're not alone
 
Alors, j'ai une pensée pour tous ceux qui, là dehors, ont le sentiment que la vie n'a plus rien à leur apporter. Croyez-moi, j'ai été à votre place, je sais ce que vous traversez. Mais accrochez-vous. C'est vrai, on ne vit pas dans un monde de Bisounours. La vie n'est pas toujours faite de lendemains qui chantent, loin de là. Mais elle m'a prouvée qu'elle avait encore de jolies surprises en réserve. Laissez-lui une chance de vous le prouver, à vous aussi. 

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7 commentaires:

  1. C'est très personnel comme sujet, c'est courageux d'en parler a coeur ouvert comme ça ! J’espère que ton récit pourra aider certaines personnes a traverser une période trouble ...

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  2. C'est très émouvant ce que tu racontes... ça a du être des moments affreux... (je n'ose imaginer l'état dans lequel j'aurais été après avoir lu la lettre)...
    Moi qui n'ait jamais traversé de tels moments de détresse, (même si j'ai déjà envisagé cette issue mais c'était plus un "à quoi bon?" et un sentiment d'impuissance dans un monde qui part en couille grave et que c'est même plus supportable...) et qui ait plus ou moins toujours vécu dans un monde "de bisounours", je suis terrifiée à l'idée de ce qui pourrait arriver et me faire tomber de mon nuage... Tu fais bien de rappeler que quoi qu'il arrive, la vie a toujours de bonnes choses à nous livrer...

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  3. @ Aurélie : merci de ton soutien, j'ai pas mal hésité, mais j'espère moi aussi que cela pourra en aider certains.
    @ Claire : merci, ma belle. Si j'avais un autre vœu à formuler pour 2012, ce serait que personne, jamais, ne tombe de son nuage :)
    @Chanelene : merci, très belle année à toi aussi !

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  4. c'est sur on ne pouvait pas deviner ça derriére ton immense sourire ! ici aussi ce n'est pas évident ts les jours c'est même une dure période on s'accroche et on sourit devant les autres on ne montre pas nos faiblesses .. peut être devrait on ! bisou isa

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  5. @Audrey : tu veux qu'on en parle ? Tu peux toujours me contacter sur FB en message privé, si tu veux. Bisous ma belle.

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  6. J'ai des frissons rien qu'à te lire... Je n'ai jamais été à ce stade mais je connais bien trop la dépression pour l'avoir vue démolir des personnes qui me sont très chères. J'espère que ces cicatrices dont tu parles sont désormais des blessures du passé et que ce sourire que tu portes à merveille ne te quittera pas de si tôt!

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